.°.°.°. INTRODUCTION .°.°.°.Paul et Ross Godfrey fondent Morcheeba au milieu des années 1990, autour notamment de la chanteuse Skye Edwards et de son timbre si particulier qui a fait la marque de fabrique du groupe. Mêlant trip-hop, rock, rythme and blues et pop, le combo s'impose dès ses premiers albums.
Who Can You Trust ? sort en 1996, suivi deux ans plus tard par
Big Calm sur lequel on retrouve notamment
Part of the Process et
The Sea. Puis vient, en 2000,
Fragments of Freedom avec le titre
Rome Wasn't Built in a Day, moins électro que les précédents. En 2002 sort
Charango, sur lequel on retrouve parmi les titres les plus connus du groupe :
Otherwise,
Aqualung,
Women Lose Weight et
Way Beyond. En 2003, Morcheeba sort son premier best-of et la même année Skye Edwards quitte le groupe pour « divergence artistique ». Avec le départ de la chanteuse, le combo perd, aux yeux de beaucoup, son identité, mais revient tout de même en 2005 avec The Antidote sur lequel on retrouve Daisy Martey au chant. Le son trip-hop est un peu délaissé sur cet album transitoire assez décevant. Le groupe revient finalement en ce début d'année 2008 avec
Dive Deep, un album sur lequel ont collaboré de nombreux artistes et où la ligne vocale n'est pas affaire d'une seule personne mais de plusieurs chanteuses et chanteurs qui ont posé leur voix sur les morceaux à nouveau beaucoup plus trip-hop de Morcheeba. Critique complète de ce nouvel opus :
.°.°.°. DIVE DEEP .°.°.°.01. Enjoy the Ride (feat. Judy Tzuke)Premier single extrait de l'album, ce titre est aussi son ouverture. Intro calme et aquatique pour cette jolie balade électro-pop sur laquelle la voix de Judy Tzuke donne un ton mélancolique et émouvant des plus réussis. A la fois puissant sur le refrain - sans jamais se départir d'un calme reposant - et plus posé sur les couplets, ce titre est dans la glorieuse lignée des titres de l'âge d'or de Morcheeba. Peut-être un tantinet commercial, cette première piste ouvre en tout cas de fort belle manière l'opus, mêlant voix soul froide, cordes diverses dont de très agréables violons et rythmique plus trip-hop. Une petite merveille qu'on ne se lasse pas d'écouter.
02. Riverbed (feat. Thomas Dybdahl)Petite intro à la guitare pour un départ folk rapidement repris par des sons électroniques qui continuent de nous plonger dans l'ambiance aquatique déjà ressentie sur le premier titre et annoncé dès la pochette. La voix de Thomas Dybdahl vient ajouter une touche un peu lounge à ce titre avant tout musical qui nous plonge dans un univers onirique et nous emporte immédiatement. Plus pop qu'
Enjoy the Ride, assez proche de Just a Man (en plus travaillé),
Riverbed et sa multitude de sons qui viennent percer la ligne musicale de base poursuit le très bon niveau impulsé dès la première piste dans cette ambiance fraîche mais pas désagréable pour autant.
03. ThumbnailsRythmique plus franchement trip-hop, sons électroniques et ambiance à la Massive Attack : Morcheeba s'aventure franchement dans l'électronique sur cette piste qui semble rythmée par des gouttes d'eau dans une ambiance à la fois sombre, futuriste et pourtant pas vraiment inquiétante. On observe l'étrange spectacle qui se déroule sous nos yeux où les images se mêlent aux sons divers qui viennent nous frapper les tympans.
Thumbnails est une réussite trip-hop absolue, un vrai régal instrumental qui allie parfaitement un univers fantastique qui nous transporte et une rythmique efficace qui nous fait vibrer.
04. Run Honey Run (feat. Bradley Burgess)On commence ce morceau dans un genre tout à fait différent puisque ce sont des instruments traditionnels qui ouvrent cette quatrième piste et nous emmènent du côté de l'Europe de l'est. La voix de Bradley Burgess s'aventure sur des mélopées qui ne sont pas sans évoquer quelques prières chamaniques. A ce côté traditionnel sont mélangés des éléments très électro de scratch et de rythmique trip-hop discrète mais bien présente, le tout nous offrant un voyage dépaysant dans des terres encore vierges où l'on se laisse mener par la machine futuriste créée sous nos yeux par Morcheeba. Cet étonnant mélange de sons traditionnels et de futurisme assumé est parfaitement maîtrisé et les quatre premières pistes de
Dive Deep en font jusqu'alors un album de très grande qualité.
05. Gained the World (feat. Manda Zamolo)Sur cette cinquième plage, on retrouve les sons typiques du Morcheeba de Skye Edwards, on s'attendrait même à entendre la chanteuse donner de sa voix si particulière. Pourtant, c'est le chant d'une autre qui se fait entendre, celui de Manda Zamolo, jeune artiste française repérée par le groupe grâce à Myspace. Son grain est assez proche de celui de Skye, même si sa voix est globalement beaucoup moins chaleureuse. Cette balade froide et reposante, un peu nostalgique, sait encore mêler avec une science admirable tous ses instruments, toutes ses composantes qui se valorisent entre elles : voix, instruments, tout est agencé à la perfection et offre encore à nos oreilles un traitement de choix.
06. One Love Karma (feat. Cool Calm Pete)On s'offre avec
One Love Karma une virée plus urbaine. Comme sortant du néant surgit la voix de Cool Calm Pete, pleine de philosophie au milieu de ce paysage urbain désolé dépeint par les notes sombres des claviers électroniques de Morcheeba. Mélancolique, résignée, la voix monocorde du rappeur s'intègre parfaitement à l'ambiance du morceau, qui dénote un peu de l'atmosphère générale de l'album. Un peu plat, ce titre encore une fois admirablement produit, est un peu plus faible que les précédents mais c'est une erreur bien minime.
07. Au-delà (feat. Manda Zamolo)On plonge cette fois-ci dans une ambiance à la René Aubry. Manda Zamolo chante en français pour un titre plus World Music et proche de certaines productions de Pep's (essentiellement
Liberta). S'il est beau, assez émouvant et, une fois n'est pas coutume, remarquablement bien produit, on s'ennuie un peu sur cet Au-delà qui s'avoue plus pauvre que les précédents titres de l'opus, plus minimaliste, plus acoustique et, si cette pause sera appréciée par certains, elle n'est pas aussi convaincante que le reste de la galette.
08. Blue Chair (feat. Judy Tzuke)Ambiance assez étrange, plutôt urbaine mais pas totalement assumée dans ce penchant. La voix un peu cassée de Judy Tzuke nous emmène dans une virée nocturne difficilement descriptible. Pas tout à fait urbain, pas tout à fait triste ni mélancolique, plutôt sombre mais parfois percé de rais de lumières, approchant une ambiance à la Sin City par moment avant de revenir dans un cadre bien plus rassurant, ce
Blue Chair en équilibre permanent entre des sensations contradictoires est assez déroutant et s'il est finalement un troisième morceau consécutif un peu décevant de l'album, il n'en reste pas moins très intéressant.
09. Sleep on it (feat. Thomas Dybdahl)Electro-blues, un genre presque inventé par ce
Sleep on it étonnant dès son intro. La voix de Thomas Dybdahl est tout aussi déroutante et le tout forme un mélange à la fois humide et un peu terreux sur les couplets et très aérien sur les refrains. Le temps semble tourner au ralenti sur cette neuvième piste qui, un peu à l'instar de la huitième, n'emporte pas l'enthousiasme mais suscite un intérêt certain. A essayer.
10. HemphasisUne ambiance encore assez étrange mêlant des sons d'une nature sauvage et d'instruments à cordes traditionnels sous lesquels vient s'imposer une rythmique très moderne pour faire de
Hemphasis une virée instrumentale sans doute moins réussie que
Thumbnails mais d'un trip-hop plus varié, plus divers, plus recherché. Moins efficace, il poursuit pendant ses deux minutes cette série de titres plus conceptuels et un peu moins enthousiasmants entamée depuis
Blue Chair.
11. Flowers (feat. Manda Zamolo)Intro plus urbaine, dans une ambiance cette fois-ci plus franchement inquiétante brisée très rapidement par la voix de Manda Zamolo qui s'offre une virée champêtre fleurie souillée ponctuellement par le cambouis de certains sons et de la voix du rappeur. Ce mélange très étonnant ne choque à aucun moment, ce qui est une prouesse tant les deux univers semblent antagonistes mais ils s'entremêlent même de façon agréablement surprenante. Encore une fois, ce titre est plus intéressant qu'enthousiasmant mais on continue d'admirer le travail des frères Godfrey.
12. Washed away (feat. Thomas Dybdahl)Très calme, ce pur slow électronique nous berce tranquillement et agréablement. Avant-dernier titre de ce
Dive Deep étonnant,
Washed Away, plus pop peut-être que les autres morceaux, nous offre un détour par du blues très ricain où les cordes des guitares sont tordues avec une lenteur exaspérante tant que délicieuse. Après la série de quatre titres plus conceptuels, cette douzième piste nous touche plus et ce pour notre plus grand bonheur.
13. The Ledge beyond the EdgeSons électroniques très inquiétants pour cette ultime piste aux sonorités et à l'ambiance entre Massive Attack et Birdy Nam Nam. Emaillé de quelques discrètes touches blues, ce
Ledge beyond the Edge est une sortie très réussie à un album qui l'est tout autant. Tout à coup, nous prenant par surprise, quelques voix de rappeurs surgissent pour donner un aspect plus Chemical Brothers à cette ultime piste aussi étonnante et magnifiquement produite que l'opus qu'elle clôture. Une conclusion à la hauteur de l'album.
.°.°.°. CONCLUSION .°.°.°.Dive Deep présente sur sa pochette un fond sous-marin comme un avant-goût de ce que nous réserve l'opus puisque c'est bien cette ambiance aquatique et ce thème de l'eau qui ressortent de l'album. Mêlant morceaux instrumentaux trip-hop, sons plus éclectiques et virées par le blues, la pop ou le rythm and blues, ce nouvel album de Morcheeba voit le phénix renaître de ses cendres. Privé de sa voix depuis le départ de Skye Edwards, le combo réussit l'exploit de se renouveler et de produire un album largement à la hauteur des précédents alors que beaucoup le pensaient perdu à jamais ou condamné à végéter en espérant un hypothétique retour de sa muse. A la fois doux, calmes, reposants, agréables et formidablement recherchés et travaillés, produits à la perfection, les treize titres de cet album sont autant de pépites musicales. Les frères Godfrey peuvent même se permettre quelques morceaux plus expérimentaux, moins accessibles, tant on est envoûté de la première à la dernière seconde de ce disque. Ils ont cette faculté à créer des ambiances captivantes et si détaillées que l'on se laisse instantanément emporter dans ce voyage onirique, merveilleux, entre ciel et mer, approchant parfois la ville, un contexte urbain dépeint sombrement mais toujours avec un perfectionnisme qui tombe juste. Finalement assez éclectique,
Dive Deep n'en garde pas moins une formidable cohérence : tout se tient, s'enchaîne sans grippage et l'on passe sans s'en rendre compte du trip-hop sombre de
Thumbnails aux contrées inexplorées de
Run Honey Run, de l'hybride
Flowers au bluesy
Washed Away.
Dive Deep est un maître-album dont la qualité de production et la créativité relancent Morcheeba vers de nouveaux horizons. On regrettera du bout des lèvres une légère monotonie et l'absence d'un ou deux morceaux vraiment au-dessus du lot qui permettraient d'inscrire un peu plus l'opus dans l'histoire de la musique. Deux petits manques qui empêchent cet album de décrocher sa cinquième étoile mais n'entachent en rien l'excellence du travail des frères Godfrey.
Dive Deep, une plongée fascinante et envoûtante à expérimenter absolument.
.°.°.°. LIENS .°.°.°.Pour découvrir le site officiel de Morcheeba:
www.morcheeba.co.ukPour écouter Morcheeba:
www.myspace.com/morcheeba